Un hommage à Léo Ferré qui nous a quittés un 14 juillet, il y a tout juste vingt ans.
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Il n'écrivait et ne parlait qu'une seule langue : le Français... mais il parlait tous les langages et écrivait dans toutes les musiques : il est à lui seul près d'un siècle et demi de poésie et de littérature.
De Baudelaire à René Char en passant par Hugo, Bruant, Carco, Queneau, il a traversé toutes les Ecoles d'écriture - même automatique ! Du langage insaisissable de la rue aux modes langagières éphémères, du Franglais à l'Argot, à la fois virtuose et vertigineux, il pouvait dans un même texte aux néologismes sans nombre, dans un même vers, dans une même phrase les réconcilier tous.
Grand mélodiste, auteur, compositeur, orchestrateur et chef d'orchestre, il était son meilleur interprète. Ironique, moqueur, cruel et tendre, toujours en colère, il aura été le premier slameur et sans doute aussi, le premier rappeur.
Des millions d'hommes et de femmes ont découvert nos poètes du 19e et 20e siècles ainsi que la musique symphonique au contact de son oeuvre. De Beethoven à Berlioz au carton perforé de l'orgue de barbarie, du piano à bretelles au rock psychédélique du groupe ZOO.
Si chez Ferré on ne compte plus les chansons qui ont pour sujet La Femme et les femmes, on a évoqué un Ferré anti-féministe, voire misogyne … or, la misogynie de Ferré était celle de tous les hommes de sa génération face aux femmes cultivées et indépendantes d'esprit et parfois même... matériellement. Car ces femmes, tous les hommes de la génération de Ferré les craignaient ; ils les considéraient comme des rivales... (même Sartre avait du mal avec le féminisme d'une Simone de Beauvoir). Pour Ferré, la femme c'est celle qui accompagne l'homme, le soutien, le couve et qui se tait ; c'est la femme qui veut et fait des enfants et qui les élèvent ; mais c'est aussi la femme pour laquelle on vendra son âme sous la contrainte d'une nécessité qui nous échappe et qui nous condamne au malheur.
Quant à savoir si Ferré était un bourgeois comme semble l'indiquer sa belle-fille Annie Rabereau dans un ouvrage qui vient de paraître ("Comment voulez-vous que j’oublie" chez Éditions Phébus), encore faut-il s'entendre sur le terme : sûrement Ferré a accueilli le succès, l'argent et son confort de vie qu'il apporte, avec soulagement après 20 ans de galère... 20 ans de "vie d'artiste"... mais on peut sincèrement douter du fait qu’il ait pu être un bourgeois dans sa manière de concevoir l'organisation de la société : qui fait quoi, à quelle place, à quel prix et sur le dos de qui.
Contemporain d’un siècle aux trois-quarts éventé, à la fois moderne et réac., contradictoire et ambivalent, Léo Ferré a sans doute fait l’amère expérience d’une humanité qui, si elle méritait un meilleur sort, ne pouvait néanmoins s’empêcher de mendier sa dignité auprès de salauds qui se feraient un plaisir de la lui accorder mais à condition qu’elle se baisse plus bas encore, sur les genoux car, comme tous les grands misanthropes, Ferré avait un amour débordant de compassion pour les petites gens ; dans ses textes et ses chansons, il leur disait "tu" : "... pour l'enfant que tu portes au fond de l'autobus"(extrait du titre "Requiem").
Et si la musique l’a saoulé de mots, les mots l’ont aussi saoulé de musique et personne mieux que Ferré n'a usé et abusé de tous ces mots, jusqu'à en inventer d'autres... tellement il pouvait les trouver très en deçà de ce qu'il attendait d'eux... d'une violence inouïe, parfois jusqu'à la terreur... terreur des mots, de tous les mots de tous les langages dans une seule et même langue indépassable et intraduisible.
Qu'il soit permis ici de prédire qu'après Léo Ferré... ce sera (mais... n'est-ce pas déjà le cas ?) la débâcle d'une langue qui s'est effondrée sous le poids de la bêtise et du fric d'une réussite à courte vue, une réussite imbécile et sans profit pour notre humanité et son patrimoine.
Léo Ferré aura été le seul poète, authentiquement poète, sans rival, excepté chez les plus grands, que la chanson, le music-hall, la scène et une production discographique d'une richesse sans égale, aient jamais porté jusqu'à tous les sommets.
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"La mémoire et la mer"
Léo Ferré - Paroles et musique

"Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème" Aimé Césaire ?!
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"Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure" René Char ?!
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"Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen" Baudelaire ?!
"Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument" Rimbaud ?!
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