
Boudant son plaisir, toujours prompt à adresser des reproches à ceux qui, sans retenue, aspirent à goûter le leur, Monsieur Zemmour sera impitoyable envers quiconque a le courage, le culot ou l’ambition de se hisser, décomplexé vis-à-vis de ses origines sociales, jusqu’à la plénitude de son potentiel d’être humain dans des domaines tels que l’écriture, l’engagement politique ou bien artistique.
A ce sujet, et contrairement aux affirmations de Monsieur Zemmour, rappelons ici, à toutes fins utiles, qu’il n’y a pas d’art mineur ou de sous-culture – terme qu’il destine, entre autres, aux artistes du Rap, une de ses cibles préférées -, mais que des artistes mineurs ou bien, pas d’artiste du tout derrière une œuvre qui n’en serait pas une, et de sous-culture, une culture qui n’aurait pas d’histoire, pas d’origines ni d’encrage ni de racines dans une société humaine quelle qu’elle soit.
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Ce qu’il appelle péjorativement « les bons sentiments » (à ce sujet, se reporter à la vidéo ci-dessus) qu’il se refuse à considérer comme la manifestation d’un esprit humaniste, l’indisposent au plus haut degré, sous prétexte, sans doute, que le registre de la compassion a toujours été opposé à l’intelligence : du moins le croit-il !
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Car, pour "faire intello" n’est-il toujours de bon ton de se moquer de cette compassion ? Même si en tant qu'intellectuel, Zemmour chez Ruquier, c’est un peu et souvent, le lycée qui fait la leçon au collège ; et guère plus, sinon moins.
Les êtres revendicatifs le gênent comme il n’est pas permis, et plus spécialement ceux qui ouvertement se considèrent comme humiliés et ceux qui les soutiennent - artistes engagés, rappeurs ou non ; à leur contact, un seul réflexe : nier leur souffrance qui peut être la leur pour mieux étouffer une autre douleur, la sienne à la racine de laquelle l’on trouvera pourtant une communauté dépossédée, et dans laquelle il est né - référence au départ forcé d’Algérie de ses parents après l'indépendance de ce pays (1), comme des dizaines de milliers d’autres...
Avant de se précipiter dans le camp des puissants, à droite de l’échiquier politique, comme pour mieux se persuader de la supériorité de la raison du plus fort sur les affects qui minent les plus faibles.
1 - Comment ne pas penser à un règlement de compte inter-communautaire sans fin et sans issue depuis la fin de la guerre d'Algérie (sans oublier la politique déshonorante de l'Etat d'Israël à l'égard du Peuple palestinien depuis 1967) : juifs sépharades et colons, (les uns expatriés, les autres rapatriés... eux tous pour avoir refusé l'indépendance algérienne et son écrasante majorité arabo-musulmano-berbère) contre tout ce qui de près ou de loin ressemblerait à un nationalisme algérien, ou plus largement, à un pan-arabisme, de la part de titulaires de la carte d'identité française nés en France.
Ironie de la situation : Zemmour passe son temps à distribuer des bons et mauvais points de "francité" aux français issus du Maghreb, alors que toute la généalogie de ce même Zemmour renvoie à ce même Maghreb. A ce petit jeu, Zemmour sera toujours perdant car... il devrait le savoir : on trouvera toujours plus français que soi !
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Privé d'oeuvre, sinon quelques livres sur la classe politique qui finissent très vite dans les bacs à 1euro des bouquinistes, révérencieux face aux grands hommes (morts de préférence) qui ont fait l’Histoire, méprisant face aux contemporains non estampillés « génies », Monsieur Zemmour, esprit très scolaire (ses références littéraires se limitent à Balzac, Flaubert et Hugo ; Rembrandt pour la peinture) serait un client parfait pour la psychanalyse.
Chez lui, tout est refoulement et névrose dans une entreprise d’auto-castration émotionnelle sans aucun doute préjudiciable pour tout le monde, et en premier lieu, pour ceux que Laurent Ruquier reçoit, et qui, pour un peu, en viendraient à s'excuser soit d'écrire, soit de chanter ou bien encore, d’être en colère face à une réalité sociale d’une violence parfois insoupçonnable.
Car, si là d’où l’on vient ne saurait en aucun cas empêcher quiconque d’aller voir ailleurs et de s’y installer, en revanche, il n’est sûrement pas nécessaire, une fois arrivé à destination, de conspuer à des fins de les rabaisser, celles et ceux qui n’ont pas eu la chance – ou su la saisir, faute d’aptitudes ou de volonté -, d’effectuer un tel déplacement à la fois horizontal et vertical même et surtout, si ce mépris et ce déni semblent n’avoir qu’une seule préoccupation : se protéger du danger et conjurer la peur d’un éventuel retour à la case départ, défait et humilié, pour la seconde fois, par une classe qui n’aura pas oublié que Montreuil (ville de naissance de Monsieur Zemmour) ne sera jamais ni Neuilly ni Paris.
Et d’aucuns s’empresseront d’ajouter : combien de temps encore, les rescapés d’un déterminisme social le plus souvent impitoyable devront-ils donner des gages de bonne conduite et de fermeté d’âme (cachez donc toute cette compassion insupportable !) à ceux auxquels ils pensent devoir leur repêchage social, oublieux qu’ils sont de leurs droits et de leurs mérites ?
Vraiment, il est regrettable que le service public nous impose semaine après semaine, le spectacle pitoyable d’un Zemmour arc-bouté à ses hontes et à ses douleurs les plus intimes, derrière ce masque qui fait de lui un autiste dont le coeur en hiver peine à battre en public dans ce faux dialogue avec les autres qui, insoupçonné en lui, n’est qu’un monologue sans fin et à haute-voix avec lui-même…
Un lui-même atrophié, aux renoncements sans nombre, dans un déni auto-infligé de sa propre histoire et de celle des autres dans la même foulée ; déni qui, soit dit en passant, n’a jamais sauvé qui que ce soit de l’amenuisement ni permis à quiconque de faire l’économie d’une sérieuse remise en cause de soi et qui trahit une aversion profonde pour tout ce à quoi Eric Zemmour aurait dû ressembler et auquel il a échappé mais qui, chaque semaine, au gré des invités, revient le hanter - effet boomerang ?! -, tel un spectre persécuteur et prophétique.
Mais alors…qui sauvera Eric Zemmour de ce cauchemar qui a toutes les allures d'un naufrage existentiel ? Un Zemmour petit machiste méditerranéen mal dégrossi qui n'a jamais vraiment quitté son bled (et ce bien qu'il n'y soit jamais né) et les jupes de sa mère dont il n’a de cesse de louer le dévouement dès 6h le matin, toute sa vie durant, dans sa cuisine, devant ses fourneaux jusque tard le soir pour le grand bonheur d'Eric Zemmour et le plus grand malheur de tout ce dont on est en droit d'attendre d'un être humain : intelligence, talent, générosité, compassion et courage.
Le syndrome du larbin par juliendusud
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Extrait du titre : Serge ULESKI en blogosphère
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