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Entretien - découverte de l'auteur Serge ULESKI

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Entretien réalisé par Gilles Lescure


"Bonjour Serge ! Et bonjour à ceux qui vont nous lire. Après mon entretien avec Ursula ULESKI sur son travail de peintre, c'est ton tour. Alors... on peut peut-être commencer par quelques éléments biographiques, si tu veux bien. Tu as quitté la France pour la Grande Bretagne après ta licence d’anglais. Tu y as fait quoi dans ce pays ?


- J’avais entendu dire qu’en Grande Bretagne, on était généreux avec les bourses : elles couvrent le gîte, le couvert et les études ; et même sous Thatcher ; l’éducation étant régionalisée, sa gestion échappe entièrement au gouvernement ; c'est le GLC - Greater London Council - qui, à l'époque, était dirigé par l’ancien trotskiste Ken Livingstone qui deviendra par la suite le premier maire de Londres, qui m’a permis d’étudier. A Londres, je devais y rester quatre ans. J’en ai pris pour dix. Commencées en France, au conservatoire, j'y ai poursuivi mes études de musique au London College of Music pour la composition, et au Morlay College pour la musique électro-acoustique tout en préparant un B.A (Bachelor of Arts) à la City University.  Ensuite, de retour à Paris, je suis allé à ce qui s'appelait alors : "Le Collège de l'IRCAM" ; ça, c'est pour la musique et l'informatique.


- Un mot sur la Grande Bretagne ?


- J'étais à Londres. Il vaut mieux parler de l'Angleterre même si j'ai côtoyé toutes les nationalités. Le peuple anglais est un peuple fier, courageux et tolérant ; un peuple plus que décent. Mais ce n’est pas un pays où j’aurais pu vivre toute ma vie : trop consensuel ! On peut s'y ennuyer très vite quand on est Français. Même si sous Thatcher, c'était un peu agité. J’aime trop la polémique. Et la France est par excellence le pays des polémistes. La Grande Bretagne, même aujourd'hui encore, reste un pays où chacun doit demeurer à sa place ; la parole politique est monopolisée par les journalistes - même s'ils sont très pro à la BBC ; il n'y a pas en France, à la télé, un journaliste capable de rivaliser -, et les représentants du Peuple ; les Anglais s'en remettent à eux quand il s'agit de se faire une opinion.

 

- Aujourd’hui, tu composes toujours ?

 

- Oui mais beaucoup moins. Il n’y a pas tant d’opportunités que ça d’être joué en musique contemporaine.


- Tu es normand. La Normandie nous a donné des auteurs comme Balzac, Flaubert, Maupassant... C'est pas rien ! Comment t'es-tu mis sérieusement à écrire ?

 

- A cette époque, j'étais occupé par la musique contemporaine. Un jour, en passant à la FNAC, j'ai voulu voir où la littérature en était ; l’écrit m’a toujours intéressé ; je me suis dirigé vers les auteurs dont on parle dans la presse. J'ai ouvert leurs livres, je les ai feuilletés... et là, je me suis dit : « Si c'est ça… écrire ! Si aujourd'hui, c'est ça être auteur ! »


- Tu penses à quels auteurs ?


- En citer quelques uns, c'est oublier tous les autres. Je n'ai pas envie de commettre une injustice.


- Tu t'es dit : "Faut sauver la littérature !" C'est ça ?


- C'est tout à fait ça.

 

(Eclat de rire)



- A partir de ce constat, tu t'es mis à écrire tous les jours. Ensuite tu es passé à Internet ; tu as mis en ligne les synopsis et des extraits de tes titres...

 

- Plus tard, j’ai pu trouver des solutions d’édition papier… Aussi, aujourd’hui, on peut me lire intégralement, un livre entre les mains.

 

- Et le copyright ?


- Tous mes textes sont protégés.

 

- Bien.

 

- Attends ! Je ne vais quand même pas laisser le premier cancre venu me voler mon travail !

 

- Puisqu’on est sur Internet… restons-y : on parle de tablettes de lecture numérique aussi confortables que le support papier. Tu en penses quoi de la lecture sur Internet, la découverte d'un ouvrage ?

- Ceux qui ont pensé qu'on lirait Proust sur un écran d'ordinateur se sont trompés. Les vrais lecteurs, ceux qui lisent disons trois ou quatre ouvrages dits de fiction par mois, ces lecteurs-là lisent sur papier. Sur Internet, au-delà de la quatrième page, on imprime ; toutes les études le montrent. Si la lecture doit se faire sur un écran quel qu'il soit, cette lecture concernera une autre "littérature". Et puis, bientôt le problème ne se posera même plus. D’ici trente ans, plus personne ne lira Proust - pour ne citer que lui -, que ce soit un livre à la main ou bien, sur un écran d'ordinateur. Ceux qui ont vingt ans aujourd'hui, s'ils leur arrivent encore de lire, sache que ce n’est sûrement pas ce que toi et moi, on appellera des « livres d'auteurs ».


- Faut-il s'en désoler ?


- Il y aura toujours des voix qui se feront entendre. Un auteur, c’est quoi ? C'est une voix. Ce n’est pas grand-chose d'autre. Et c'est déjà énorme. Et ces voix choisiront d'autres médias, d'autres supports que le livre et le papier. Regarde ! On parle bien d'écriture cinématographique. Faut être patient, c'est tout. Toutes ces voix trouveront un nouveau moyen d'expression, un nouveau support pour se faire entendre.


- Reste tout de même la question de la transmission.


- Et cette transmission, c'est encore par les livres qu'elle doit se faire puisque c'est dans les livres qu'on trouve les plus grandes voix de ce siècle et des siècles passés. Et si ces voix sont ignorées, à partir de quoi on raisonne, on crée, on fait entendre une autre voix ? A quoi ressembleront les grandes voix de demain, lesquelles auront superbement ignorés les grandes voix d'hier ? Est-il possible d'être à la hauteur d'un héritage dont on ne soupçonnerait même pas l'existence ? Peut-on hériter à son issu ? Ou alors, une pensée spontanée, une voix, une œuvre... partie de rien ou bien, de si peu mais... pour quel résultat ? Une chose quand même : il n'est pas dit que les besoins de demain soient identiques à ceux d'hier. De quelles voix les générations de demain auront-elles besoin, de quel espace de réflexion, de quelle conscience de soi, des autres, de la réalité ? Jusqu'où l'espèce humaine aura-t-elle besoin qu'on l'élève, qu'on la porte ? Quelle ascension pour elle ? Le mont Ventoux ? L'Everest ? Il n'est pas certain que cette humanité-là ait besoin qu'on l'élève si haut que ça (sourire) ! Là, je raisonne en données statistiques. C'est vrai ! Il y aura toujours quelqu'un, dans cent ans, pour lire, terré au fond d'une cave, du Proust, du Cervantès...

- Et du Serge Uleski !



(Eclat de rire)


La suite... cliquez Découverte... suite.pdf

(Ne pas refermer le PDF après lecture : faire "page précédente")


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Pour prolonger... cliquez découverte des textes de Serge ULESKI

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